Les anti pattern de gestion

Les anti-patterns de gestion

Définition

Cette catégorie d’anti-patterns est particulièrement dangereuse. Elle impacte non seulement le projet, mais aussi l’équipe. Une mauvaise organisation peut entraîner une démotivation générale et, dans les cas extrêmes, mettre fin prématurément au projet.

Les marches de la mort (Death March)

Pourquoi je stresse ? On livrera jamais à temps...

On parle de Death March lorsqu’un projet démarre avec par exemple des délais irréalistes, des objectifs flous ou trop ambitieux, et une charge de travail qui dépasse clairement la capacité de l’équipe.

L’équipe est mobilisée, les réunions s’enchaînent, mais malgré le talent et l’implication des collaborateurs, le projet n’aboutira pas ou présentera une qualité insuffisante.

À ne pas confondre : Death March ? Crunch Time

Death March Crunch Time
Projet mal dimensionné dès le départ Période ponctuelle en fin de projet
Pas de vraie chance de réussite Objectif encore atteignable
Organisation toxique et démotivante Peut être maîtrisée si bien encadrée

Signes annonciateurs

  • Objectifs fixés sans consultation des équipes techniques
  • Planning figé et irréaliste dès le début
  • Refus d’ajuster les priorités malgré les retards
  • Multiplication des heures supplémentaires non planifiées

Conséquences

  • Fatigue et démotivation des équipes
  • Perte de qualité et de confiance
  • Turnover élevé

Bonnes pratiques pour éviter une marche de la mort

  • Impliquer les équipes dans la planification
  • Revoir régulièrement les priorités et les objectifs
  • Prévoir des marges de manœuvre réalistes
  • Favoriser la transparence plutôt que l’illusion de contrôle

Cargo Cult Agile ou le culte du cargo (l'imitation aveugle)

Pourquoi une réunion tout les jours ?

Aux origines

Durant la Seconde Guerre mondiale, certaines tribus insulaires ont vu arriver des soldats qui ont construit des pistes d’atterrissage pour recevoir du fret : vivres, armes et matériel. Après la guerre, les soldats sont repartis, mais les tribus ont continué à construire des pistes et des avions en bois, espérant ainsi faire retomber du ciel “les offrandes”.

Ce phénomène est appelé culte du cargo : reproduire les signes extérieurs d’un succès sans comprendre les mécanismes réels qui l’ont rendu possible.

Définition appliquée à l’agile

Dans le contexte de la gestion de projet, le Cargo Cult Agile désigne l’acte de copier les rituels de l’agilité (stand-up, sprints, post-its, cérémonies) sans en saisir les valeurs fondamentales (collaboration, adaptation, autonomie, transparence).

Signes révélateurs

  • Présence de cérémonies agiles (daily, sprint review…) sans objectif clair
  • Les équipes n’ont aucune autonomie réelle dans la prise de décision
  • Les itérations sont purement formelles : le planning est figé et peu flexible
  • Le management parle d’agilité, mais conserve une organisation hiérarchique rigide

Conséquences

  • Perte de sens pour les équipes
  • Frustration et désengagement
  • Agilité de façade : les problèmes structurels restent inchangés

Bonnes pratiques pour éviter le Cargo Cult

  • Former réellement les équipes aux principes agiles, pas seulement aux rituels
  • Donner de l’autonomie et de la responsabilité
  • Faire évoluer la culture managériale vers la confiance
  • Mesurer la valeur livrée plutôt que le respect des cérémonies

Le culte du commanditaire ou decision-making sponsor

Celui qui paie à toujours raison !

Définition

Cet anti-pattern apparaît lorsqu’un projet est dirigé non pas par la logique technique ou la valeur métier, mais uniquement par la volonté du commanditaire — souvent celui qui finance le projet ou détient le pouvoir hiérarchique.

Les décisions sont alors prises selon le “je veux” plutôt que le “ce qui est pertinent”, et l’équipe de développement devient simple exécutante au lieu d’être force de proposition.

Signes révélateurs

  • Les priorités changent fréquemment selon les envies d’un décideur
  • Les arguments techniques ou fonctionnels sont ignorés
  • Les équipes n’osent plus contredire le client ou la direction
  • Les choix sont dictés par l’urgence politique ou la hiérarchie, pas par la valeur produit

Conséquences

  • Perte de sens et démotivation des équipes
  • Accumulation de dettes techniques et fonctionnelles
  • Produit incohérent, difficile à maintenir
  • Frustration croissante entre métier et technique

Bonnes pratiques pour éviter ce piège

  • Instaurer une gouvernance partagée : métier + technique + produit
  • Favoriser la transparence sur les impacts de chaque décision
  • Encourager le dialogue contradictoire dans un cadre bienveillant
  • Basculer d’une logique de “pouvoir” à une logique de valeur

Le client reste au centre, mais il n’est pas infaillible : la collaboration doit remplacer la soumission.

Le Pillier inamovible ou unmovable pilar

C'est le chouchou du manager !

Définition

Cet anti-pattern se manifeste lorsqu’un salarié ou un collaborateur devient le point central de toutes les décisions et initiatives. Par favoritisme, confiance excessive ou paresse managériale, on lui confie trop de responsabilités, souvent au détriment du reste de l’équipe.

Signes révélateurs

  • Toutes les décisions importantes passent par une seule personne
  • Les autres membres de l’équipe n’ont plus aucune autonomie
  • Les suggestions extérieures sont systématiquement filtrées ou ignorées
  • En son absence, le projet tourne au ralenti

Conséquences

  • Désengagement et perte de motivation du reste de l’équipe
  • Risque élevé de blocage si la “personne clé” quitte le projet
  • Dépendance structurelle difficile à corriger
  • Climat d’injustice ou de favoritisme perçu

Bonnes pratiques pour éviter le “Favori du Roi”

  • Partager les responsabilités et la connaissance
  • Encourager la prise d’initiative collective
  • Valoriser la complémentarité plutôt que la performance individuelle
  • Instaurer une rotation des rôles dans les projets

Une équipe performante n'a pas de favori, elle a des forces équilibrées.

? Et si on essayait... pour voir ce que ça donne ?

L’effet du laboratoire ou l’apprenti sorcier

On va tenter comme ça pour voir ce que ça donne !

Définition

Cet anti-pattern apparaît lorsque les décideurs traitent l’organisation ou le projet comme un terrain d’expérimentation. Les changements sont présentés comme des “tests” ou des “expériences”, souvent au nom de l’innovation ou de la modernisation.

En pratique, ces décisions sont rarement neutres : elles modifient profondément la structure, les rôles ou les processus, et leurs effets sont souvent irréversibles.

Symptômes typiques

  • Réorganisations fréquentes “pour tester un nouveau modèle”
  • Décisions prises sans évaluation d’impact ni plan de retour en arrière
  • Communication floue : “on tente quelque chose”, “on verra ce que ça donne”
  • Les équipes subissent les changements sans comprendre les objectifs réels

Conséquences

  • Fatigue organisationnelle et perte de repères
  • Perte de confiance dans la direction (“encore une nouvelle expérience…”)
  • Démotivation liée à un sentiment d’improvisation permanente
  • Endommagement durable de la cohérence ou de la culture d’équipe

Pourquoi c’est dangereux

Dans un laboratoire, on peut recommencer l’expérience si elle échoue. Dans une organisation, les gens ne sont pas des cobayes, et chaque changement laisse des traces — sur la motivation, la confiance et la stabilité.

Bonnes pratiques pour éviter l’effet du laboratoire

  • Tester à petite échelle avant de généraliser
  • Mettre en place des indicateurs de réussite clairs
  • Prévoir un plan de retour en arrière dès le lancement d’un changement
  • Associer les équipes à la conception et à l’évaluation de l’expérience

? Innover ne veut pas dire improviser : une expérience sans cadre devient une aventure sans fin.